ne compte que vingt-quatre heures.
Les quatrains suivants s’en accommodent,
tous écrits en vingt-quatre mots.
Un ciel couvert et du vent,
puis s’éteint sous un nuage :
l’été se fait porter pâle.
Je cisaille le long des lices
du cirse commun, ces chardons géants
qui tombent au sol avec lenteur
sous l’œil indifférent des chevaux.
À mon oreille droite, le bruit
blanc de la maison qui vit,
à mon oreille gauche, les sons
du dehors. Le silence en stéréo.
Allongé sur l’herbe au soleil,
malgré le calme et la quiétude,
les yeux fermés à contre-jour,
sous mes paupières, je vois rouge.
Je fais le tour des plantes
pour voir si elles vont bien,
pour voir si je vais bien
rien qu’à les regarder pousser.
Au déjeuner, V. et moi mangeons
des prunes achetées à l’épicerie.
Elles ne sont pas aussi bonnes
que les sauvages cueillies en chemin.
Se réveiller au son des gouttes
de pluie sur la tente igloo.
S’en inquiéter d’abord puis
se rendormir au son des gouttes.
Deux enfants demandent à un monsieur
comment s’appelle son vieux chien,
un grand labrador à poils noirs.
« Il s’appelle Fantômas, vous connaissez ? »
En plein soleil, à l’orée
du bois, les mûres précoces ont
un goût vieilli de vin rouge.
Un avant-goût d’été finissant.
En s’éloignant du soleil couchant,
une mongolfière survole la ferme abandonnée.
Le gaz des brûleurs souffle bruyamment,
comme un cheval qui s’émouche.
Minutieusement, à la pince à épiler,
je retire mes premiers poils blancs
– cinq – de ma barbe d’été.
C’est une vieillesse toute neuve.
Semer des noyaux de prunier sauvage
encore humides et glissants de chair
en les propulsant au hasard, pressés
entre le pouce et l’index.
Un châtaignier, des parasols, une guinguette
aux chaises rouges Miko, des passants
qui s’arrêtent acheter une glace.
Tous grands-parents ou petits-enfants.
Sous un noyer au feuillage ajouré
on s’abrite d’une averse
qui fait ressortir le parfum électrique
des pierres sèches tachées de gouttes.
Entre le poivrier et la cafetière,
sur un fond de musique Renaissance,
on joue une partie de Yam
en vitesse avant d’aller travailler.
Réveillé au chant soudain des oiseaux,
de la voiture. Le matelas attendait
cet instant pour paraître enfin confortable.
Dormir demande encore trop d’effort.
Il faut croire que je préfère
rêvasser que rêver, somnoler que sommeiller.
Songeur, loin du pays des songes.
Chez les voisins, derrière les forsythias,
deux gamins shootent dans un ballon.
« J’arrive à dix-mille jongles. »
dit l’un. Ennui d’été.





