
Je m’assis sur un roc près de la mer
déchaînée. Sous le ciel criblé d’éclairs,
un bateau gagnait l’horizon.
Je contemplais ce grand vaisseau de guerre
menacé par la submersion.
Les canons couvraient les coups de tonnerre,
étouffant les lamentations
des marins massés sur le pont.
Qu’il était doux de se trouver à terre,
face au trois-mâts en perdition !
Les noyés maudissaient l’Évolution
qui fit l’humain sans branchies de poisson.
D’un couteau, je m’ouvris la chair
pour m’écrier, tout tremblant d’émotion :
« Si je souffre, eux sont en enfer ! »
J’avais pris mon fusil par précaution,
redoutant qu’un homme à la mer
parvienne à se tirer d’affaire.
Face au trois-mâts en perdition,
qu’il était doux de se trouver à terre.
Je vis un naufragé. Sa tête altière
surnageait non loin de l’embarcadère.
J’avais pris ma résolution :
pas un seul ne survivrait. Sa dernière
heure arriva. Détonation.
Quand la mer et ses rouleaux mélangèrent
au bleu marin du vermillon,
j’aperçus comme un tourbillon.
C’étaient six gros requins qui s’attroupèrent
face au trois-mâts en perdition !
Émerveillé, je suivais les ailerons
des prédateurs marins en pleine action.
Les requins avaient fait grand-chère
quand la femelle arriva. Squale ou non,
sa beauté, je crois, pût vous plaire.
D’un coup, je m’épris d’elle avec passion.
Et je vous dirais sans manière
que c’est de là que vient cet air :
« Face au trois-mats en perdition
La requine et Maldoror s’accouplèrent. »