dimanche 9 août 2026

De tête en tête

 

 
 
Un jour de neige à Coulans,
j’écoutais à la radio
une émission sur Roubaud,
mort un mois auparavant.

Je l’imaginais à Carcassonne
apprenant la mort de Jean Giono
dont il venait de lire Angelo
(le livre était près du téléphone).

Roubaud, d’un coup, se trouva dans Manosque.
Il aperçut Giono sortir d’un kiosque
en train de lire, en marchant dans les flaques,
la une évoquant la mort de Mauriac.

D’après la photo de l’auteur à Malagar,
Giono imaginait Mauriac chez lui, passant
sa bibliothèque en revue. Quand son regard
fut attiré par Le Horla de Maupassant,

Mauriac revit la maison d’Étretat
où l’écrivain terminait Bel Ami.
Maupassant, rongé par la maladie,
se souvint de Baudelaire. Il arrêta

sa page en cours. Il rêvait de la Réunion
où avait séjourné l’auteur des Fleurs du mal,
lequel avait emporté, serré dans sa malle,
un essai de Staël (De l’esprit des traductions),

qu’il lisait à bord en regardant les flots.
Il imaginait le salon de madame
de Staël qui, un soir, défendit corps et âme
Manon Lescaut, roman de l’abbé Prévost,

que, par hasard, elle avait lu en passant par Hesdin
où naquit le romancier. On trouva le fait charmant.
La nuit, elle avait rêvé de l’abbé : dans un jardin
magnifique, il lui récitait des vers, comme un amant.

C’est dans ce jardin qu’une ode
fut composée par Deshoulières
qui lut un jour sous la verrière
Le Discours de la méthode

du grand penseur né à Descartes
(bourg renommé en son honneur)
lequel, en consultant sa carte,
se mit à réciter par cœur :

« Heureux qui comme Ulysse » en indiquant l’Anjou
où vécut Joachim Du Bellay qui, plus tôt,
en se rendant à Rome avait sur les genoux
un petit volume en cuir de Clément Marot

qu’il savait mort en Italie.
Il se crut frappé de folie
quand il vit Marot puis Villon
(dont le premier fit l’édition

de ses vers) près de Turin :
l’un debout sur un talus
et l’autre, auprès d’un ravin.
De la tête, il fit salut.
 
 

dimanche 2 août 2026

Un galet, épigramme

 

 

Un galet s'est formé dans ma poche
remplie de papiers et de kleenex
qu'un lavage a transformés en roche.
Voilà, notre époque a son silex.

 


 

 

dimanche 26 juillet 2026

Anguilla anguilla

 



Ce poisson, moitié ver marin, moitié serpent, 
grandit dans nos cours d’eau mais provient des Antilles. 
Il franchit l’océan, délaissant sa famille 
pour remonter un fleuve où s’installer, trompant

la mort de mare en mare à l’air libre en rampant. 
Il paraît que, piégée dans un puits, une anguille 
(c’est bien son nom) âgée d’au moins cent ans frétille 
encore. Emprisonnée, sa vie reste en suspens.

Un jour, l’animal suit le courant à rebours 
de son premier trajet. C’est le temps des amours, 
l’appareil digestif devient reproducteur

et le poisson, toujours à jeun, n’a qu’un désir : 
celui de s’accoupler peut-être et puis mourir 
au fond des mers dans le lit noir des profondeurs.



dimanche 19 juillet 2026

Logogriphe n°7

 


On fait de moi du beurre ou de la crème
Mais, la queue coupée, je suis un poème.
 
 
 

dimanche 12 juillet 2026

Les freins, rotrouenge (II,16)



À mon inspiration malade, 
À mes chants impies, mes ballades, 
Il est temps de serrer les freins.

Aux bonds impétueux, aux bravades, 
Aux poignards, à mes dérobades, 
Il est temps de serrer les freins.

À mes envols, mes cavalcades, 
À ma vengeance, à mes toquades, 
Il est temps de serrer les freins.

Au crocodile, à ses ruades, 
Aux remords et aux débandades, 
Il est temps de serrer les freins. 

C’est fini, mon esprit s’évade. 
À ma meute hagarde, en croisade, 
Il est temps de serrer les freins.

 

(fin du deuxième chant)

 

dimanche 5 juillet 2026

Le courant, haïku

 


retourner en terre
avec le courant d'un fleuve
fiévreux de montagne
 
 
 

dimanche 28 juin 2026

Forces au verso du buvard

 
 
Rebonds de l'azur
et points de couture
 
 
 

 La chaleur se dissipe et le froid s'agglomère
 
 
 

 Pluie d'injures
et bavures
 
 
 

 Sensation forte en arrêt sur image
 
 
 

De tête en tête

      Un jour de neige à Coulans, j’écoutais à la radio une émission sur Roubaud, mort un mois auparavant. Je l’imaginais à Carcassonne appr...