Quoi qu’on fasse, une journée
ne compte que vingt-quatre heures.
Les quatrains suivants s’en accommodent,
tous écrits en vingt-quatre mots.
La Moncesière (Coulans), le 03/04/25 à 8h19
En ouvrant la pépinière, je dérange
deux passereaux qui chantaient au chaud
sous les tables chargées de semis.
Ont-ils poussé dans la nuit ?
Dans la cour, le 05/04/25 à 8h38
Après lui avoir apporté son passeport
qu’elle avait oublié en partant,
elle m’a laissé le parfum
crémeux de son baume à lèvres.
Écluse de Bonne (Laval), le 06/04/25 à 17h17
Vue du ponton, l’écluse retient
à grand peine le ciel bleu
de se jeter dans la Mayenne
à grands bouillons d’eau douce.
La Fontaine (Chaufour), le 07/04/25 à 15h00
J’aime le bruit de xylophone
que fait un tas de bois
bien sec quand il s’effondre.
En le rangeant, on le réaccorde.
La Moncesière (Coulans), le 08/04/25 à 10h26
– Siméon, t’as de la monnaie ?
me demande A. – Pas sur moi,
pourquoi ? – Comme on entend le coucou,
ça porte bonheur d’en avoir.
La Moncesière (Coulans), le 10/04/25 à 8h38
Imiter le plus possible la pluie,
celle d’orage qui tombe drue,
pour arroser les semis d’échalote
sous le bon soleil du matin.
La Fontaine (Chaufour), le 14/04/25 à 13h33
Dans le « huummm » de la débroussailleuse
que je balance comme un encensoir,
dans les volutes d’herbe coupée
je me surprends en pleine méditation.
La Moncesière (Coulans), le 15/04/25 à 15h09
Quand je bêche, je suis surveillé
par ma veste et mon écharpe
accrochées au manche de la fourche
comme un épouvantail à mon image.
Au jardin, le 17/04/25 à 19h18
En s’asseyant dans l’herbe,
accablé par la fatigue : « Quel courage,
ce pivert qui creuse son arbre
et cette fourmi gravissant une courgette ! »
Dans la cuisine, le 18/04/25 à 7h22
Sur la carte de la Sarthe
punaisée au mur, le soleil levant
illumine les routes départementales qui brillent
comme la traînée d’un escargot.
Au jardin, le 19/04/25 à 12h11
Sauf les laitues feuilles de chêne
qui sont d’un rouge sang,
tout est vert dans le jardin
même les sons et les odeurs.
La Moncesière (Coulans), le 22/04/25 à 9h24
J’observe les cuisses d’athlète
qui s’activent avec la grâce
d’un nageur, d’un escaladeur.
Ce sont les cuisses du crapaud.
Au jardin, le 26/04/25 à 14h20
Les vieux pissenlits aux fleurs chauves
ont l’air sinistre à côté
des tapis de pâquerettes encore pimpantes.
Ils semblent attendre le fauchage, résignés.
La Matière (Chaufour), le 28/04/25 à 13h18
Les jacinthes des bois sont poussées
dans le fossé par le maïs
planté serré en monoculture, à moins
qu’elles ne creusent leur tranchée.
La Chapelle St Aubin, le 29/04/25 à 10h05
Dans la serre de carottes surchauffée
je chantonne Here comes the sun
accompagné par un chœur de tourterelles.
En guise de batterie, ma serfouette.
Au jardin, le 30/04/25 à 20h15
Le soleil couchant s’est accroché
aux branches fleuries du chou kale,
et quelques étoiles se sont levées
dans le mûrier de fleurs pâles.
Fin du recueil Volume horaire
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