dimanche 7 juin 2026

Ma conscience (II,15)

 



Pour fuir la voix de ma conscience,
Je me tiens sur un pied au bord du précipice.
Mon cri de condamné se perd loin dans l’espace,
Comme un tombeau, comme un tombeau.

Je défends l’homme en contempteur de la vertu
Et cède, avec dégoût, à ses supplications.
Pour fuir la voix de ma conscience,

Je redescends avec la lenteur de l’oiseau,
Le corps accablé par l’étude et l’insomnie,
Comme un tombeau, comme un tombeau.

Toujours aux aguets le jour, aux aguets la nuit,
Je me nourris du sang sacré du Créateur
Pour fuir la voix de ma conscience.

J’entends la respiration des rumeurs nocturnes.
La peau de ma poitrine est calme et immobile
Comme un tombeau, comme un tombeau.

Je ronge un crâne en regardant le firmament
Car j’ai la mort pour mère et le remords pour fils,
Tombeaux, tombeaux de ma conscience.



dimanche 31 mai 2026

Ombres au verso du buvard

 

 
 
Dormir en chien de fusil dans la neige

 
 
 
Premier sujet de la peur bleue
environné de corps frileux
 
 
 
 
 
Corps exalté
au pied levé
 
 
 
 
 
Grand écart, fluxion de poitrine et météores

 
 

dimanche 24 mai 2026

Logogriphe n°6

 

 
Sur mes cinq pieds on me cueille au verger,
A trois, on me lit sur tous les journaux,
Mais sur quatre on peine à me déchiffrer. 

dimanche 17 mai 2026

Le Noyé, muzain (II,14)

 


La Seine entraîne un corps humain. 
La foule accourt puis se détourne 
du malheureux noyé qui tourne 
pareil à la roue d’un moulin.

Un cavalier s’arrête au bord 
du quai pour le sortir de l’eau. 
Va-t-il réanimer le mort ? 
Oui. Son sauveur, c’est Maldoror 
qui l’emmène au triple galop.

 

 

dimanche 10 mai 2026

Brume au verso du buvard




Dans un épais brouillard,
deux esprits se séparent.
 

 



Geyser au soleil couchant
dans l'eau se réfléchissant.
 

 


L'eau, le feu et l'air
n'ont pas touché terre.
 

 

Hibernation
du ciel bleu roi
et gestation
des courants froids.
 
 
 

dimanche 3 mai 2026

Sonnet sur écoute : le dolmen des Erves

 

 

 
À l’entrée d’une exploitation
agricole, on trouve un dolmen
tout en grès, vieux de six-mille ans,
entouré d’un enclos de chèvres.

[des engins charrient de la terre]
Six-mille ans… [meuglements des vaches]
Six-mille ans… [tic tic régulier
de la clôture électrifiée
]

Au début, le bruit vous empêche
d’imaginer la Préhistoire,
puis, le tracteur devient l’orage ;

les bovins, des aurochs des plaines ;
et le tic tic, la Grande Horloge
du Temps. [Un chevreau éternue.]
 
 

dimanche 26 avril 2026

Faune au verso du buvard


Au fond de la rivière,
un triton bleu se terre.
 
 
 

Chasse à l'étincelle
d'un banc de carpes
pris en écharpe
sous un coup de grêle.
 
 
 

Crustacé
emplumé
paradant
comme un paon.
 
 
 

Bleuets, bourrache et pavots
piétinés par les oiseaux.



Ma conscience (II,15)

  Pour fuir la voix de ma conscience, Je me tiens sur un pied au bord du précipice. Mon cri de condamné se perd loin dans l’espace, Comme...