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Le
roman — grossi vingt fois aux loupes binoculaires (photo de l'auteur)
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Le roman est un champignon papivore. Il est commun, mais demeure le plus vorace de son espèce. Ce ravageur consomme en moyenne 200 000 tonnes de papier par an dans l’Hexagone.
Le roman s’attaque à la cellulose du papier. Il se propage de gauche à droite sur la page puis retourne à la ligne.
Quand il est à son stade juvénile, le roman se présente sous la forme d’une moisissure cubique, épaisse et blanchâtre. Avec le temps, il devient jaunâtre et cassant.
Le roman émet des paragraphes mous et visqueux de cinq à dix centimètres de longueur. Il est possible de les sauter à la lecture ou à la poêle avec du beurre.
Quand on ne connaît pas un roman, il est conseillé de ne pas se fier à son titre ou à sa couverture. Soumettez quelques pages à votre esprit critique. Si, au bout de cinq à dix minutes, vous ne constatez ni rougeur ni lésion grave sur votre peau, vous pouvez poursuivre votre lecture.
Prudence, un roman peut provoquer des brûlures oculaires. Il peut se propager de proche en proche. Parlez-en à votre généraliste.
Un léger dépôt de romans peut se former dans une boîte à livres. Ce phénomène est parfaitement normal. Le roman apprécie les lieux confinés. Il aime l’obscurité et apprécie les vapeurs d’ammoniaque. Rappelons qu’il est important de ventiler les pièces pour se prémunir des romans.
Le roman ne meurt jamais, il rentre en dormance. Certains spécimens sont d’une longévité surprenante. Des romans datant de l’Antiquité ont été découverts.
Le roman apprécie les grandes surfaces. Il produit dans ses rayons de larges auréoles qu’on appelle vulgairement têtes de gondoles.
Les romans s’agglomèrent et s’entremêlent. Quand ils poussent en colonie, il devient difficile de les distinguer. Nous avons alors affaire à un organisme dit indistinct à tendance grégaire. Certains romans peuvent recevoir des prix. Ils sont le plus souvent à la pièce ou au poids.
Le roman traverse aisément les murs des librairies. Pour s’en débarrasser, nos amis des livres n’auront d’autre choix que l’abatage des cloisons et des cages d’escalier. Malgré ses nuisances, il n’est pas classé parmi les pathogènes, les infectieux ou les toxiques. Cependant, les conditions de développement du roman peuvent causer des troubles bénins tels que vertiges, nausées ou somnolences.
En principe, un lectorat sain est à l’abri du roman.
Dans le doute, ne lisez pas de romans ou adressez-vous à un libraire, lequel est souvent de bon conseil.
Pour se prémunir du roman, le moyen le plus simple est encore d’éviter rentrées et salons littéraires.
En cas d’ingestion, appelez le numéro d’urgence du centre national du livre (CNL)
Des spécialistes tentent d’intégrer d’autres formes de champignons papivores moins nuisibles (poésie, théâtre, essais) mais le roman reste encore l’espèce largement dominante.
Le roman a été déclaré espèce invasive par les membres du CPD (Cercle des poètes disparus).
Il est conseillé de désherber sa bibliothèque une à deux fois par an afin de laisser de la place à d’autres espèces endémiques en voie d’extinction. La plupart des bibliothèques sont des monocultures de best-sellers favorables au développement du roman. Respectez la bibliodiversité.
À noter : près de cinq milliards de romans naissent chaque année dans le monde. Il appartient à chacun d’entre nous d’en limiter la propagation.






