Un jour de neige à Coulans,
j’écoutais à la radio
une émission sur Roubaud,
mort un mois auparavant.
Je l’imaginais à Carcassonne
apprenant la mort de Jean Giono
dont il venait de lire Angelo
(le livre était près du téléphone).
Roubaud, d’un coup, se trouva dans Manosque.
Il aperçut Giono sortir d’un kiosque
en train de lire, en marchant dans les flaques,
la une évoquant la mort de Mauriac.
D’après la photo de l’auteur à Malagar,
Giono imaginait Mauriac chez lui, passant
sa bibliothèque en revue. Quand son regard
fut attiré par Le Horla de Maupassant,
Mauriac revit la maison d’Étretat
où l’écrivain terminait Bel Ami.
Maupassant, rongé par la maladie,
se souvint de Baudelaire. Il arrêta
sa page en cours. Il rêvait de la Réunion
où avait séjourné l’auteur des Fleurs du mal,
lequel avait emporté, serré dans sa malle,
un essai de Staël (De l’esprit des traductions),
qu’il lisait à bord en regardant les flots.
Il imaginait le salon de madame
de Staël qui, un soir, défendit corps et âme
Manon Lescaut, roman de l’abbé Prévost,
que, par hasard, elle avait lu en passant par Hesdin
où naquit le romancier. On trouva le fait charmant.
La nuit, elle avait rêvé de l’abbé : dans un jardin
magnifique, il lui récitait des vers, comme un amant.
C’est dans ce jardin qu’une ode
fut composée par Deshoulières
qui lut un jour sous la verrière
Le Discours de la méthode
du grand penseur né à Descartes
(bourg renommé en son honneur)
lequel, en consultant sa carte,
se mit à réciter par cœur :
« Heureux qui comme Ulysse » en indiquant l’Anjou
où vécut Joachim Du Bellay qui, plus tôt,
en se rendant à Rome avait sur les genoux
un petit volume en cuir de Clément Marot
qu’il savait mort en Italie.
Il se crut frappé de folie
quand il vit Marot puis Villon
(dont le premier fit l’édition
de ses vers) près de Turin :
l’un debout sur un talus
et l’autre, auprès d’un ravin.
De la tête, il fit salut.
j’écoutais à la radio
une émission sur Roubaud,
mort un mois auparavant.
Je l’imaginais à Carcassonne
apprenant la mort de Jean Giono
dont il venait de lire Angelo
(le livre était près du téléphone).
Roubaud, d’un coup, se trouva dans Manosque.
Il aperçut Giono sortir d’un kiosque
en train de lire, en marchant dans les flaques,
la une évoquant la mort de Mauriac.
D’après la photo de l’auteur à Malagar,
Giono imaginait Mauriac chez lui, passant
sa bibliothèque en revue. Quand son regard
fut attiré par Le Horla de Maupassant,
Mauriac revit la maison d’Étretat
où l’écrivain terminait Bel Ami.
Maupassant, rongé par la maladie,
se souvint de Baudelaire. Il arrêta
sa page en cours. Il rêvait de la Réunion
où avait séjourné l’auteur des Fleurs du mal,
lequel avait emporté, serré dans sa malle,
un essai de Staël (De l’esprit des traductions),
qu’il lisait à bord en regardant les flots.
Il imaginait le salon de madame
de Staël qui, un soir, défendit corps et âme
Manon Lescaut, roman de l’abbé Prévost,
que, par hasard, elle avait lu en passant par Hesdin
où naquit le romancier. On trouva le fait charmant.
La nuit, elle avait rêvé de l’abbé : dans un jardin
magnifique, il lui récitait des vers, comme un amant.
C’est dans ce jardin qu’une ode
fut composée par Deshoulières
qui lut un jour sous la verrière
Le Discours de la méthode
du grand penseur né à Descartes
(bourg renommé en son honneur)
lequel, en consultant sa carte,
se mit à réciter par cœur :
« Heureux qui comme Ulysse » en indiquant l’Anjou
où vécut Joachim Du Bellay qui, plus tôt,
en se rendant à Rome avait sur les genoux
un petit volume en cuir de Clément Marot
qu’il savait mort en Italie.
Il se crut frappé de folie
quand il vit Marot puis Villon
(dont le premier fit l’édition
de ses vers) près de Turin :
l’un debout sur un talus
et l’autre, auprès d’un ravin.
De la tête, il fit salut.










