dimanche 17 mai 2026

Le Noyé, muzain

 


La Seine entraîne un corps humain. 
La foule accourt puis se détourne 
du malheureux noyé qui tourne 
pareil à la roue d’un moulin.

Un cavalier s’arrête au bord 
du quai pour le sortir de l’eau. 
Va-t-il réanimer le mort ? 
Oui. Son sauveur, c’est Maldoror 
qui l’emmène au triple galop.

 

 

dimanche 10 mai 2026

Brume au verso du buvard




Dans un épais brouillard,
deux esprits se séparent.
 

 



Geyser au soleil couchant
dans l'eau se réfléchissant.
 

 


L'eau, le feu et l'air
n'ont pas touché terre.
 

 

Hibernation
du ciel bleu roi
et gestation
des courants froids.
 
 
 

dimanche 3 mai 2026

Sonnet sur écoute : le dolmen des Erves

 

 

 
À l’entrée d’une exploitation
agricole, on trouve un dolmen
tout en grès, vieux de six-mille ans,
entouré d’un enclos de chèvres.

[des engins charrient de la terre]
Six-mille ans… [meuglements des vaches]
Six-mille ans… [tic tic régulier
de la clôture électrifiée
]

Au début, le bruit vous empêche
d’imaginer la Préhistoire,
puis, le tracteur devient l’orage ;

les bovins, des aurochs des plaines ;
et le tic tic, la Grande Horloge
du Temps. [Un chevreau éternue.]
 
 

dimanche 26 avril 2026

Faune au verso du buvard


Au fond de la rivière,
un triton bleu se terre.
 
 
 

Chasse à l'étincelle
d'un banc de carpes
pris en écharpe
sous un coup de grêle.
 
 
 

Crustacé
emplumé
paradant
comme un paon.
 
 
 

Bleuets, bourrache et pavots
piétinés par les oiseaux.



dimanche 19 avril 2026

Nuit de trêve, triolet

 



Je suis vraiment moi-même en rêve ;
Le jour, je le suis à demi.
Quand revient la nuit, je m’élève.
Je suis vraiment moi-même en rêve,
C’est le réel qui fait la trêve.
Tout éveillé, bien qu’endormi,
Je suis vraiment moi-même en rêve.
Le jour, je le suis à demi.

 

dimanche 12 avril 2026

Logogriphe n°5

 

 
Sur mes trois pieds je suis rapide et plein d’entrain. 
Quand je perds la tête, on me prend pour un sapin.
 
 
[Le logogriphe est un poème énigmatique dont il faut trouver le mot par l'évocation de tous les autres mots que celui-ci comporte quand on lui retire une ou plusieurs lettres. Ce jeu littéraire était courant à la fin du dix-huitième siècle et au début du dix-neuvième. Il est ensuite tombé en désuétude, remplacé par la charade. Le logogriphe a son vocabulaire propre : les pieds sont les lettres du mot à trouver ; la tête signifie la première lettre de ce même mot et la queue, la dernière.]

 

dimanche 5 avril 2026

Près de la mer, virelai (II,13)

 

 

Je m’assis sur un roc près de la mer
déchaînée. Sous le ciel criblé d’éclairs,
un bateau gagnait l’horizon.
Je contemplais ce grand vaisseau de guerre
menacé par la submersion.
Les canons couvraient les coups de tonnerre,
étouffant les lamentations
des marins massés sur le pont.
Qu’il était doux de se trouver à terre,
face au trois-mâts en perdition !

Les noyés maudissaient l’Évolution
qui fit l’humain sans branchies de poisson.
D’un couteau, je m’ouvris la chair
pour m’écrier, tout tremblant d’émotion :
« Si je souffre, eux sont en enfer ! »
J’avais pris mon fusil par précaution,
redoutant qu’un homme à la mer
parvienne à se tirer d’affaire.
Face au trois-mâts en perdition,
qu’il était doux de se trouver à terre.

Je vis un naufragé. Sa tête altière
surnageait non loin de l’embarcadère.
J’avais pris ma résolution :
pas un seul ne survivrait. Sa dernière
heure arriva. Détonation.
Quand la mer et ses rouleaux mélangèrent
au bleu marin du vermillon,
j’aperçus comme un tourbillon.
C’étaient six gros requins qui s’attroupèrent
face au trois-mâts en perdition !

Émerveillé, je suivais les ailerons
des prédateurs marins en pleine action.
Les requins avaient fait grand-chère
quand la femelle arriva. Squale ou non,
sa beauté, je crois, pût vous plaire.
D’un coup, je m’épris d’elle avec passion.
Et je vous dirais sans manière
que c’est de là que vient cet air :
« Face au trois-mats en perdition
La requine et Maldoror s’accouplèrent. »

  

Le Noyé, muzain

  La Seine entraîne un corps humain.  La foule accourt puis se détourne  du malheureux noyé qui tourne  pareil à la roue d’un moulin. Un...