dimanche 1 février 2026

Juglans


 

                                            Nuit au sol qu’il noie,    
                                            Oxyde effeuillé.              
                                            Y a-t-il plus sournois       
                                            Engrais ? L’encre y est    
                                            Riche en brou de noix.    

 

 

dimanche 25 janvier 2026

De Sendai à Morella

 

 

En sortant de Sendai, empruntez le sentier
qui s’efface à moitié
quand on arrive aux bois noirs de Yamagata.
Passé les champs, c’est à
Voïvodie, en Poméranie occidentale,
que vous ferez escale.
Rendu en Albanie, au port de Saranda,
depuis la véranda
sur le quai, partez pour Montverdun dans la Loire.
Prenez le temps de boire
un verre à Sükhbaatar, perdu en Mongolie.
Partez pour l’Italie
à via Cal di Prade, en Vénétie. À Prague,
d’un chemin qui zigzague
débouchez sur la plage, à Paget, aux Bermudes.
Naviguez vers le sud.
Arrivé à Pilkuse, un peu après Valga,
coupez par la taïga
et suivez Mauléon, en Nouvelle-Aquitaine.
À gauche, à la fontaine,
c’est Saint-Barthélemy, au Québec. On y voit
de là-haut la Savoie.
Rendez-vous au Ghana, puis direction le Centro
de Montevideo.
Enfin, quand vous serez rendu à Morella,
de la tour Pardella,
vous devriez me voir, en train de vous écrire
ces vers qui font sourire.

dimanche 18 janvier 2026

Logogriphe n°4

 



Sur mes trois pieds je suis en vrac. 
Décapité, je suis un crack.
 
 
 
[Le logogriphe est un poème énigmatique dont il faut trouver le mot par l'évocation de tous les autres mots que celui-ci comporte quand on lui retire une ou plusieurs lettres. Ce jeu littéraire était courant à la fin du dix-huitième siècle et au début du dix-neuvième. Il est ensuite tombé en désuétude, remplacé par la charade. Le logogriphe a son vocabulaire propre : les pieds sont les lettres du mot à trouver ; la tête signifie la première lettre de ce même mot et la queue, la dernière.]
 

dimanche 11 janvier 2026

Agroglyphe

 

Photo prise à Coulans


Les bovins ont creusé de leurs sabots crottés 
ce fossé tout autour d’un grand château de paille. 
Non pour le protéger, mais pour livrer bataille : 
À peine assiégé, le fortin fut boulotté.
 
 


dimanche 4 janvier 2026

Encore enfant, contrerime (II, 12)

 


Encore enfant, quand je priais, 
je rêvais à demi. 
La nuit, je n’avais pas dormi :
le Créateur m’épiait.
  

dimanche 28 décembre 2025

État des lieux

 

 
À Paulbeg, dans le comté de Wicklow,
la route est dépourvue de caniveau.
À Hovezi, dans la région de Zlín,
on se plaint d’un vieux portillon qui couine.
Quelque part dans la valle del Cauca,
on a taillé bien trop court un Yucca.
À Frisange, à hauteur d’Esch-sur-Alzette,
la clôture autoroutière est désuète.
Près de Saint-André-de-Kamouraska,
le passage à niveau ne descend pas,
et à Kasangati-Namugongo,
on a trouvé par terre un sac à dos.
Au Texas, à Houston Saint de Leon,
il faudrait remplacer tous les néons.
Sur la MR5, près de Manzini,
le marquage au sol jaune est défraîchi.
Dumbarton, Australie occidentale,
un panneau n’est plus à la verticale.
Dans le comté de Vastra Gotaland,
le banc est à repeindre en vert-amande.
À Kassi, dans le comté de Voru,
les bas-côtés sont remplis de cailloux.
Dans le district de Quthing, sur l’A4,
il faudra jeter ces débris de plâtre.
Sur la Wood road à Madoc, Ontario,
il faut couper les roseaux du point d’eau.

Si le poète est habitant du monde,
il est partout chez lui, en locataire
soumis à l’état des lieux de la Terre,
quand l’infime et le lointain se confondent.
 
 

dimanche 21 décembre 2025

Volume horaire, avril 2025 (12/12)

 

Quoi qu’on fasse, une journée 
ne compte que vingt-quatre heures. 
Les quatrains suivants s’en accommodent, 
tous écrits en vingt-quatre mots.
 
 


 La Moncesière (Coulans), le 03/04/25 à 8h19        

En ouvrant la pépinière, je dérange
deux passereaux qui chantaient au chaud
sous les tables chargées de semis.
Ont-ils poussé dans la nuit ?


Dans la cour, le 05/04/25 à 8h38        

Après lui avoir apporté son passeport
qu’elle avait oublié en partant,
elle m’a laissé le parfum
crémeux de son baume à lèvres.


Écluse de Bonne (Laval), le 06/04/25 à 17h17        

Vue du ponton, l’écluse retient
à grand peine le ciel bleu
de se jeter dans la Mayenne
à grands bouillons d’eau douce.


La Fontaine (Chaufour), le 07/04/25 à 15h00        

J’aime le bruit de xylophone
que fait un tas de bois
bien sec quand il s’effondre.
En le rangeant, on le réaccorde.


La Moncesière (Coulans), le 08/04/25 à 10h26        

– Siméon, t’as de la monnaie ?
me demande A. – Pas sur moi,
pourquoi ? – Comme on entend le coucou,
ça porte bonheur d’en avoir.


La Moncesière (Coulans), le 10/04/25 à 8h38        

Imiter le plus possible la pluie,
celle d’orage qui tombe drue,
pour arroser les semis d’échalote
sous le bon soleil du matin.


La Fontaine (Chaufour), le 14/04/25 à 13h33        

Dans le « huummm » de la débroussailleuse
que je balance comme un encensoir,
dans les volutes d’herbe coupée
je me surprends en pleine méditation.


La Moncesière (Coulans), le 15/04/25 à 15h09        

Quand je bêche, je suis surveillé
par ma veste et mon écharpe
accrochées au manche de la fourche
comme un épouvantail à mon image.


Au jardin, le 17/04/25 à 19h18        

En s’asseyant dans l’herbe,
accablé par la fatigue : « Quel courage,
ce pivert qui creuse son arbre
et cette fourmi gravissant une courgette ! »


Dans la cuisine, le 18/04/25 à 7h22        

Sur la carte de la Sarthe
punaisée au mur, le soleil levant
illumine les routes départementales qui brillent
comme la traînée d’un escargot.


Au jardin, le 19/04/25 à 12h11        

Sauf les laitues feuilles de chêne
qui sont d’un rouge sang,
tout est vert dans le jardin
même les sons et les odeurs.


La Moncesière (Coulans), le 22/04/25 à 9h24        

J’observe les cuisses d’athlète
qui s’activent avec la grâce
d’un nageur, d’un escaladeur.
Ce sont les cuisses du crapaud.


Au jardin, le 26/04/25 à 14h20        

Les vieux pissenlits aux fleurs chauves
ont l’air sinistre à côté
des tapis de pâquerettes encore pimpantes.
Ils semblent attendre le fauchage, résignés.


La Matière (Chaufour), le 28/04/25 à 13h18        

Les jacinthes des bois sont poussées
dans le fossé par le maïs
planté serré en monoculture, à moins
qu’elles ne creusent leur tranchée.


La Chapelle St Aubin, le 29/04/25 à 10h05        

Dans la serre de carottes surchauffée
je chantonne Here comes the sun
accompagné par un chœur de tourterelles.
En guise de batterie, ma serfouette.


Au jardin, le 30/04/25 à 20h15        

Le soleil couchant s’est accroché
aux branches fleuries du chou kale,
et quelques étoiles se sont levées
dans le mûrier de fleurs pâles.
 
 
 
 
Fin du recueil Volume horaire
 
 
 
Carte intégrale (dimensions : 126 cm x 59,4 cm)

 
 
  

Juglans

                                                         Nuit au sol qu’il noie,                                                            ...