lundi 29 avril 2024
Au palais Galliera
lundi 15 janvier 2024
Les joueurs de dominos, partition de ponctuation
Le texte qui va suivre a été écrit à partir d'une ponctuation imposée, celle des six premiers paragraphes de Madame Bovary de Gustave Flaubert (voir image ci-dessus).
Tous les mercredis soir, avant l’atelier d’écriture, j’aperçois derrière une fenêtre de la Grande Rue de Laval deux joueurs de dominos. Ce sont deux retraités, attablés sous la lampe de leur salon.
La fenêtre est fermée ; je n’entends rien, mais j’imagine ce que la femme dit à son mari :
– Il y a du monde dans la rue ce soir, comme tous les soirs de décembre, c’est comme ça chaque année quand on installe les illuminations du centre-ville, on n’y coupe pas. J’ai un double six, c’est moi qui commence, mets donc un peu de musique.
Cette scène est très fugace, je la vois une seconde, peut-être deux, et je monte la longue côte de la Grande Rue, en pensant à mes vieux joueurs de dominos, loin de se douter que je les ai vus et que je les vois chaque semaine. Ce tableau lavallois me touche, il est beau, on le voudrait chez soi. J’ai bien en tête la lumière tamisée, presque un clair-obscur, les pièces en faux ivoire disposées sur la table, le visage de profil des deux joueurs. C’est l’image d’Épinal de la retraite réussie, le calme, la quiétude. Un jour, je m’attarderai pour les regarder jouer, caché dans l’ombre d’un porche.
Je suis déjà à mi-chemin. Je passe devant un lavomatique, une épicerie, un antiquaire, un restaurant, un bar, des boutiques reconverties en logements, des terrasses bondées, des terrasses désertes, des devantures et des pas-de-porte de bâtiments remarquables.
Arrivé en haut de la rue, un peu essoufflé, je me dis que j’ai vu toutes les étapes de l’existence humaine, une vie à rebours ; d’abord la vieillesse avec mes joueurs de dominos, puis la vie active, avec ses bars, ses restaurants, ses épiceries ouvertes la nuit ; et enfin l’enfance quand j’aperçois la vitrine de Noël de la librairie de mes parents.
lundi 11 décembre 2023
Ecriture en arborescence
Lors d'un atelier d'écriture, j'ai fait circuler la feuille ci-dessus. Elle était vierge, à part le premier mot que j'avais inscrit au niveau du tronc : "Archéologie". A tour de rôle, chaque participant devait inscrire un couple de mots entretenant un rapport, plus ou moins éloigné, avec le terme précédent. Il s'agissait de dériver du mot que j'avais choisi par des associations d'idées nous emmenant de plus en plus loin du thème initial.
Après cinq étapes, j'ai récupéré ma feuille. Mon arbre ainsi couvert de mots hétéroclites, il a fallu choisir une branche et tracer mon chemin jusqu'à la base de l'arborescence. Je suis parti du mot "Rivière", que j'ai remonté jusqu'à sa source, c'est-à-dire le premier mot que j'avais écrit, "Archéologie".
Cela donnait la liste suivante :
Rivière → Lit → Chambre → Vestiges → Archéologie
Un peu à la manière du logorallye, j'ai écrit un texte reprenant chaque élément.
mardi 31 octobre 2023
Monochrome littéraire
Je me trouvais ce matin-là dans un bar de nuit toulousain. Assis, à deux tables devant moi, un vieil homme rédigeait péniblement une lettre sur un guéridon qui prenait, sous les spots criards du plafond, une improbable couleur chewing-gum. Il tenait de sa main gauche un ballon de rosé qu’il portait à intervalle régulier à ses lèvres un peu décolorées, d’un rouge qu’on aurait dit lavé de blanc. Sur son visage de bon vivant, sa peau couperosée avait quelque chose de triste et gai. Il écrivait à la main, le poing serré sur son stylo. Ses doigts crispés semblaient doux comme des guimauves. Il s’arrêta d’écrire pour regarder d’un air morose le mégot de sa cigarette écrasée, toujours fumante, au fond d’un cendrier fait d’une coquille d’ormeau. La nacre du coquillage rosissait à la lueur de la braise.
Il se leva, s’étira et partit payer au comptoir. Le bar allait fermer. Le vieil homme, en attendant que le patron lui rendît la monnaie, contempla d’un air absent l’aube qui gagnait la rue de briques et de tuiles. Je profitai de son absence pour lire, à la dérobée, les deux premiers mots de sa lettre : « Chère Rose »
dimanche 11 juin 2023
155 mots pour écrire : de l'infiniment petit à l'infiniment grand
Ci-dessous, un texte que j'ai écrit en m'en tenant strictement à ladite liste. (Bien sûr, les verbes peuvent être conjugués)
Je suis tout. Je suis le monde des mondes, le petit et le grand. Dans la nuit de mon cœur, quand j'étais jeune, j'ai donné la terre, et l'eau, et le ciel et tous les soleils. J'irai encore et encore, toujours plus grand, plus vieux. Je serai le dernier des derniers et toujours nouveau.Je prends le temps dans ma main de jour et de noir, et Dieu dans ma tête. Je donne au ciel des yeux tout petits que l'homme trouve beaux le soir. Ce sont des soleils que je prends, que je donne et que je peux faire parler après la mort par des mers de jours qui vont et viennent avec ou sans le temps.Peut-être, un jour, ma dernière heure viendra. Alors, d'un coup, de tout grand que je suis, il faudra que je me fasse tout petit. Plus petit encore que petit et le jour, la nuit, le temps, toute chose, toute vie, toute mort, ne seront plus.Mon âme ne sera que cette voix petite et jeune d'enfant ne pouvant dire un mot.Il faudra faire à nouveau l'amour avec l'air, sans esprit de la nuit, seul et autre.
mardi 9 mai 2023
Le Questionnaire de Proust
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| Portrait de Marcel Proust réalisé par Jean-Christophe Lerouge |
Ma vertu préférée : La persévérance
La qualité que je préfère chez un homme : Sa bonhommie
La qualité que je préfère chez une femme : Son naturel
Le principal trait de mon caractère : Curieux
Ce que j'apprécie le plus chez mes amis : Leurs attentions
Mon principal défaut : L'inquiétude
Mon occupation préférée : Lire
Mon rêve de bonheur : Un emploi du temps libre (j'y suis presque)
Quel serait mon plus grand malheur : La paralysie totale
Ce que je voudrais être : Confiant
Le pays où je désirerais vivre : Peu m'importe
La couleur que je préfère : Le vert
La fleur que j'aime : La passiflore
L'oiseau que je préfère : L'étourneau
Mes auteurs favoris en prose : Lautréamont, Jules Renard, Alfred Jarry, Stendhal, Paul Léautaud
Mes poètes préférés : Arthur Rimbaud, Jules Laforgue, François Villon, Christophe Tarkos
Mes héros dans la fiction : Jules Maigret, Long John Silver
Mes héroïnes favorites dans la fiction : La princesse de Clèves, Mme de Rênal
Mes compositeurs préférés : Jean-Sébastien Bach, Erik Satie, François Couperin
Mes peintres favoris : Odilon Redon, Albrecht Dürer, Georges De la tour, mon père
Mes héros dans la vie réelle : Je ne vois pas.
Mes héroïnes dans l'Histoire : Je ne vois pas non plus.
Mes noms favoris : "Hégésippe" sonne assez bien
Ce que je déteste par-dessus tout : La précipitation
Les personnages historiques que je méprise le plus : Les expansionnistes
Le fait militaire que j'admire le plus : La corvée de patates
La réforme que j'estime le plus : La défense d'afficher, loi de 1881
Le don de la nature que je voudrais avoir : La photosynthèse
Comment j’aimerais mourir : Comme Victor Segalen, en pleine forêt
Mon état d'esprit actuel : Concentré, mais goguenard
Les fautes qui m'inspirent le plus d'indulgence : Les fautes de goût
Ma devise favorite : "Portez-vous bien, tenez-vous mal."
lundi 10 avril 2023
Rue Lucifer, logorallye
Anguilla anguilla
Ce poisson, moitié ver marin, moitié serpent, grandit dans nos cours d’eau mais provient des Antilles. Il franchit l’océan, délaissant ...
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Bertrand Lançon, Siméon Lerouge, Alice Ladonne, Hervé Lançon et Anne-Aël Ropars ont le plaisir de vous faire part de la naissance des Édit...
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Sur tous mes pieds, je suis en fer. La tête en moins, je suis un bulbe. Sans la queue, un brin de lumière. [Le logogriphe est un poème é...
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Là, dans un bosquet, Entouré d’herbe et de fleurs, Dort l’hermaphrodite.






