dimanche 16 novembre 2025

Volume horaire, novembre 2024 (7/12)

 
Quoi qu’on fasse, une journée
ne compte que vingt-quatre heures. 
Les quatrains suivants s’en accommodent, 
tous écrits en vingt-quatre mots.
 

 Fenêtre de la cuisine, le 01/11/24 à 16h30        

Le sol est encore trop chaud
pour la brume qui s’est
réfugiée sur la colline. Elle paraît
impatiente de dégourdir ses jambes cotonneuses.


Dans mon bureau, le 03/11/24 à 16h42        

Rien de plus réconfortant qu’entendre
de loin, sans y prêter attention,
les dialogues d’un film regardé
dans la pièce d’à côté.


Rue du port (Le Mans), le 06/11/24 à 11h59        

Par terre, les paquets de cheveux
devant la boutique de ce barbier
et les feuilles mortes du hêtre
sont d’une même couleur brune.


Saint-Julien-le-pauvre, le 09/11/24 à 14h51        

À l’angle d’une grange
où pousse un pied de lilas,
l’empreinte, moulée dans la pierre,
du pied gauche de saint Julien.


La gare (Coulans), le 10/11/24 à 14h48        

« Ça fait toujours énormément de bien
et ça débloque certaines situations compliquées »
dit, à propos de ses pierres,
une lithothérapeute à ses clients dubitatifs.


Au jardin, le 11/11/24 à 16h41        

Le cosmos, le plan de chayotte
et les courges encore bien vertes
passent d’un coup en automne
maintenant que la serre est débâchée.


La Paumerie (Coulans), le 14/11/24 à 16h39        

L’ordre et la géométrie rurales
des champs à perte de vue
n’ont vraiment rien de reposant.
Heureusement, il y a les vaches.


La Fontaine (Chaufour), le 19/11/24 à 14h28        

Ce toucher délicat : l’humidité propre
et la tiédeur pleine de buée
des couteaux, des assiettes, des verres
qu’on sort du lave-vaisselle.


Dans la cour, le 21/11/24 à 9h49        

Sous la neige, le pluviomètre a
des allures de cône glacé saupoudré
de flocons de noix de coco
sur un cornet au goût nature.


Café Lola (Paris), le 22/11/24 à 12h56        

Sous une guirlande de petits drapeaux,
des voyageurs longent en se pressant
une terrasse vide où stationne seulement
un olivier dans son pot géant.


Bercy Gare routière (Paris), le 24/11/24 à 13h36        

Le bruit des valises à roulettes
scande les discussions et les rires
des voyageurs qui attendent leur car
dans la lumière des distributeurs automatiques.


Dans mon bureau, le 26/11/24 à 10h42        

Ce matin, rien n’est écrit.
Le brouillard a voilé le paysage
pour me glisser sous les yeux
cette page blanche d’arbres gommés.


La Fontaine (Chaufour), le 28/11/24 à 13h30        

Dans le tas de bois sec,
les bûches couvent sous l’humus
humide cette braise de combustion vivante
qui maintient la mort au chaud.

dimanche 9 novembre 2025

Volume horaire, octobre 2024 (6/12)

 
Quoi qu’on fasse, une journée 
ne compte que vingt-quatre heures. 
Les quatrains suivants s’en accommodent, 
tous écrits en vingt-quatre mots.
 

 


La Fontaine (Chaufour), le 01/10/24 à 14h43        

La lumière d’or automnale projette
sur le tapis de corde tressée
l’ombre des feuilles de chêne,
réconfortante comme un feu de bois.


La Matière, le 04/10/24 à 13h14        

La route est ponctuée de boue
laissée par une harde de sangliers.
Une toile d’action painting ou
une œuvre éphémère de land art ?


Chez El (Sillé), le 05/10/24 à 15h23        

Les derniers feux de l’été
se consument derrière les persiennes baissées.
Par la porte ouverte, l’automne
s’annonce en coup de vent.


La Petite Pêcherie (Coulans), le 11/10/24 à 18h11        

Sur le mur de la grange,
la vigne vierge tombe en cascade
de feuilles poissonneuses aux écailles couleur
lie-de-vin, pourpre, ultra-violet.


L’entrée, le 13/10/24 à 14h44        

Sur le chauffe-eau, la poussière
prend l’épaisseur de la neige.
Un coup d’éponge tiède la
change en lambeaux de laine effilochée.


La Fontaine (Chaufour), le 15/10/24 à 13h13        

Avec la pelle et la balayette,
j’ai fait tinter le poêle.
Le bruit m’a soudain rappelé
l’horloge de ma grand-mère.


Brains-sur-Gée, le 16/10/24 à 12h08        

Ce n’est pas un papillon,
c’est un pétale de fleur
séché qui pend à un fil
d’araignée balancé par le vent.


Dans la cour, le 17/10/24 à 15h27        

Que sont ces petits pains orangés
par terre ? Ces craquelins émiettés, briochés,
rongés par les limaces ? Des champignons.
Peut-être des paxilles, paxillus involutus.


Résidence Jardin d’Arcadie, le 19/10/24 à 16h11        

Un pied d’amour en cage
dans une jardinière remplie d’eau.
La récolte est dans le vaisselier :
trois fruits secs sur une soucoupe.


Bohars, le 20/10/24 à 9h55        

En écoutant Le Chant du cygne
de Schubert, j’observe aux jumelles
un nid de frelons asiatiques que
le vent fait danser en cadence.


Au Campanella (Brest), le 22/10/24 à 11h37        

La vapeur des tasses de café
rejoint la fumée brumeuse des cigarettes
qui se mêle aux cumulonimbus parfumés
des vapoteuses. Le temps se couvre.


Au Khédive (Le Mans), le 25/10/24 à 10h06        

Un petit vieux rentre tout mouillé
par la pluie et me dit :
« Elle est pas belle l’époque…
Les gens, y dorment ! Y dorment ! »


Dans la cour, le 27/10/24 à 19h04        

En poussant le portail, mon frère
aperçoit dans le gravier, qui brille
d’humidité tant il a plu,
une grenouille. Il part. Elle aussi.


À la fenêtre du salon, le 28/10/24 à 11h27        

Sur le chemin qui s’enfonce
dans la brume, le plumage noir
des corneilles tourne au gris clair
quand elles picorent l’épais brouillard.


La Fontaine (Chaufour), le 29/10/24 à 15h50        

Comme pour éteindre un feu tiède,
je vide un seau de cendres
froides sur ce tas de feuilles
mortes, d’un beau jaune incendiaire.


Brains-sur-Gée, le 30/10/24 à 11h48        

Par-dessus le mur du cimetière
bordé d’une haie d’ormes
dépasse un palmier filiforme et noirci
comme une allumette en plein ciel.


Coulans-sur-Gée, le 31/10/24 à 17h21        

Dans la retenue d’eau grillagée,
creusée tout près de l’autoroute,
vivent deux ragondins et leurs petits.
C’est un zoo sans visiteur.
 
 

dimanche 2 novembre 2025

Volume horaire, septembre 2024 (5/12)

 
Quoi qu’on fasse, une journée
ne compte que vingt-quatre heures.
Les quatrains suivants s’en accommodent,
tous écrits en vingt-quatre mots.
 

Au salon, le 02/09/24 à 10h38        

Je viens de terminer la lecture
des Misérables. Au loin, le faisan
s’écrie, d’un chant égrillard
et populaire : « Jean Valjean ! Jean Valjean ! »


Le Quotidien (Conlie), le 07/09/24 à 11h25        

Le patron s’active au percolateur.
Une lampe bleue anti-mouche brille.
Sur le bar, quatre pintes vides,
et une tirelire à gros mots.


La Fontaine (Chaufour), le 10/09/24 à 14h20        

Quand on regarde sous le maïs,
c’est une forêt de bambous
très sombre, sans végétation, plantée serrée
pour qu’on s’y perde.


Au lit, le 13/09/24 à 7h13        

L’aube orangée verse au fond
du ciel, comme dans un verre,
un sirop de grenadine aux colorants
décolorés que rien ne trouble encore.


Café du midi (Chaufour), le 14/09/24 à 10h37        

Comme un soleil de haute montagne
qui fait paraître doux le froid,
qui éblouit mais n’aveugle pas,
qui rend tous les sons lumineux.


Saint-Julien le pauvre, le 15/09/24 à 17h04        

Devant la façade de la Renaudière,
un enfant explique à ses parents
que ce château est type Renaissance :
« Il est fait pour être beau. »


Mont-Saint-Jean, le 16/09/24 à 20h21        

Le tintement des cuillers d’argent
dans les assiettes remplies de potironnée
ponctuée d’un peu de crème
pendant que B. allume des photophores.


Au lit, le 17/09/24 à 6h07        

Je rêvais qu’on se mariait
dans un hall de centre commercial.
On dansait habillés comme des mannequins
beaux, bêtes et souriants à pleurer.


Terrasse de Paul (Le Mans), le 19/09/24 à 11h10        

Installé en terrasse pour y lire
Je est un animal de C.
À côté, une famille d’Américains
dont le bébé pleure en français.


La Pâtisserie (Chaufour), le 20/09/24 à 13h18        

Tendu, à l’affût, oreilles levées,
le chien a pris l’apparence
du chevreuil qu’il a senti
tout près du champ de maïs.


La Doucelle, le 22/09/24 à 19h18        

Ruisseau marécageux tracé à main levée,
l’eau de la Gée stagne,
prenant sa source où il pleut
pour se jeter sous un pont.


Le Jet d’eau (Le Mans), le 27/09/24 à 9h02        

Dans un long ricochet d’éclats
lumineux, sur le plateau des tables
et les pavés de la terrasse,
le soleil tombe à mes pieds.


Bouquinerie Exercices de style (Rennes), le 28/09/24 à 15h37        

Le bouquiniste fait un papier cadeau
pour emballer un livre de prestidigitation.
– Vous voulez du bolduc ? – Du bolduc ?
– Vous savez [en moulinant] le truc.


Place Jeanne Laurent (Saint-Jacques-de-la-Lande), le 29/09/24 à 13h06        

Sur la place entourée d’immeubles
poussent un vieux chêne taillé sévèrement,
un séquoïa et un grand marronnier.
Cernés, ils font de la résistance.


Dans mon bureau, le 30/09/24 à 11h07        

Écrire en ayant froid aux mains.
Se désengourdir les doigts de travail,
y trouver une source de chaleur.
La tête ne doit pas geler.


dimanche 26 octobre 2025

Volume horaire, août 2024 (4/12)

 
 Quoi qu’on fasse, une journée
ne compte que vingt-quatre heures.
Les quatrains suivants s’en accommodent,
tous écrits en vingt-quatre mots.

 

La Fontaine (Chaufour), le 02/08/24 à 14h54        

Après un demi-hectare de tonte,
je fais un écart pour épargner
deux belles marguerites sur mon passage,
attendri par leurs grands yeux effarés. 

Au comptoir de la sirène (Le Mans), le 03/08/24 à 10h35        

Un vieux, canne à la main,
prend le soleil devant un magasin
affichant en grosses lettres « Déstockage total ».
Sa femme sort les mains vides.

Halte fluviale de Juigné, le 04/08/24 à 13h16        
 
Les jeunes feuilles de l’aulne,
d’un vert tendre et gras,
rivalisent de fraîcheur avec l’eau
de la Sarthe et ses nénuphars.
 

Les Rues (Coulans), le 05/08/24 à 17h20        

Dans le chemin creux, le long
de la zone pavillonnaire, un bruit,
ou plutôt un chant d’oiseau
plaintif, lugubre. C’est une balançoire.

Parc du château de Courteille, le 06/08/24 à 18h44        

Tapie dans l’herbe et blanche,
j’ai cru que c’était
une vesce de loup en été
cette petite coquille d’œuf fendillé.

Coco plage (Sillé), le 08/08/24 à 15h52        

Un homme entouré de touristes étrangers
porte sur le bras un perroquet.
Le public lui demande l’âge
de Coco. « Forty three. » répond-il.

La Moncesière, le 09/08/24 à 13h01        

Sur mon vieux pantalon de travail,
un insecte a pris pour congénère
une petite tache sur mon genou.
Leurs échanges sont de courte durée.

Château de Courteille, le 11/08/24 à 13h59        

Dans un grand vase en cristal
oublié dehors, un lézard est mort.
Il a dû tomber au fond
ce matin, attiré par la rosée.

Dans mon bureau, le 12/08/24 à 11h34        

Je vois passer devant ma fenêtre
l’ascension des graines de pissenlit,
des flocons portés par les courants
chauds. Il neige à l’envers.

Dans le salon, le 13/08/24 à 00h08        

En rentrant tard à la maison
laissée fenêtres ouvertes pour la fraîcheur,
on retrouve au sol un criquet
et au plafond des éphémères immobiles.

Le Lude, le 15/08/24 à 15h44        

Chez un brocanteur qui vendait cher,
je n’ai pris ni livre,
ni plume de calligraphie, ni rien.
J’ai acheté avec les yeux.

Forêt de Bercé, le 16/08/24 à 13h58        

Aussi vieux que la Révolution française,
le chêne Lorne, avec sa souche
griffue comme un pied de poule,
a quelque chose du coq gaulois.

Par la fenêtre du salon, le 17/08/24 à 11h33        

La pluie qui tombe en continu,
par gouttes égales et bien pesées
sur la bâche de la serre,
pétille comme un feu de bois.

Café Joseph (Rennes), le 19/08/24 à 10h38        

Assis en terrasse d’un café
qui n’existait pas du temps
de mes années rennaises, je fixe
la nouvelle gare comme un mirage.

Bohars, le 20/08/24 à 8h40        

La fenêtre ouverte à trois battants
découpe la pluie, le pin maritime
et le reflet de la lampe
en un triptyque d’inspiration japonaise.

L’Horizon sonore (Brest), le 24/08/24 à 00h03        

Sur un air de guitare folk
qui sonne faux dans la musique
ambiante, un ivrogne fait des vocalises.
Au comptoir, personne ne l’écoute.

Les Liniou (au large de Lanildut), le 25/08/24 à 17h31        

Devant six cormorans sur un rocher,
le pêcheur en zodiac a remonté
un lieu jaune et un maquereau
frétillant comme une feuille de saule.

Domaine des Capucins (Landerneau), le 26/08/24 à 15h44        

J’étudie la démarche des visiteurs,
leur pas lent, leurs bras croisés,
leur ennui qui prend la pause,
devant les photos de Cartier-Bresson.

Au lit, le 29/08/24 à 10h18        

Depuis le lit défait je regarde
sans mes lunettes le ciel flou,
blanc, nuageux. La journée m’attend
et tout reste encore à faire.



dimanche 19 octobre 2025

Volume horaire, juillet 2024 (3/12)

 
Quoi qu’on fasse, une journée
ne compte que vingt-quatre heures.
Les quatrains suivants s’en accommodent,
tous écrits en vingt-quatre mots.
 


 
Au jardin, le 01/07/24 à 13h10        

Un ciel couvert et du vent,
un soleil qui chauffe un peu
puis s’éteint sous un nuage :
l’été se fait porter pâle.


La Fontaine (Chaufour), le 02/07/24 à 15h07        

Je cisaille le long des lices
du cirse commun, ces chardons géants
qui tombent au sol avec lenteur
sous l’œil indifférent des chevaux.


Dans la cuisine, le 03/07/24 à 14h03        

À mon oreille droite, le bruit
blanc de la maison qui vit,
à mon oreille gauche, les sons
du dehors. Le silence en stéréo.


Au jardin, le 04/07/24 à 15h29        

Allongé sur l’herbe au soleil,
malgré le calme et la quiétude,
les yeux fermés à contre-jour,
sous mes paupières, je vois rouge.


Au jardin, le 05/07/24 à 9h25        

Je fais le tour des plantes
pour voir si elles vont bien,
pour voir si je vais bien
rien qu’à les regarder pousser.


Le Cellier (place du village), le 07/07/24 à 12h42        

Au déjeuner, V. et moi mangeons
des prunes achetées à l’épicerie.
Elles ne sont pas aussi bonnes
que les sauvages cueillies en chemin.


Camping l’Orée des Boires (Orée d’Anjou), le 08/07/24 à 7h58        

Se réveiller au son des gouttes
de pluie sur la tente igloo.
S’en inquiéter d’abord puis
se rendormir au son des gouttes.


Boulangerie de Coulans, le 11/07/24 à 11h33        

Deux enfants demandent à un monsieur
comment s’appelle son vieux chien,
un grand labrador à poils noirs.
« Il s’appelle Fantômas, vous connaissez ? »


Bois de Coulans, le 13/07/24 à 16h23        

En plein soleil, à l’orée
du bois, les mûres précoces ont
un goût vieilli de vin rouge.
Un avant-goût d’été finissant.


Au jardin, le 14/07/24 à 20h42        

En s’éloignant du soleil couchant,
une mongolfière survole la ferme abandonnée.
Le gaz des brûleurs souffle bruyamment,
comme un cheval qui s’émouche.


Dans la salle de bain, le 15/07/24 à 15h20        

Minutieusement, à la pince à épiler,
je retire mes premiers poils blancs
– cinq – de ma barbe d’été.
C’est une vieillesse toute neuve.


Au jardin, le 16/07/24 à 12h10        

Semer des noyaux de prunier sauvage
encore humides et glissants de chair
en les propulsant au hasard, pressés
entre le pouce et l’index.


Jardin des Plantes (Le Mans), le 21/07/24 à 16h42        

Un châtaignier, des parasols, une guinguette
aux chaises rouges Miko, des passants
qui s’arrêtent acheter une glace.
Tous grands-parents ou petits-enfants.


Allée de Courteille, le 22/07/24 à 18h28        

Sous un noyer au feuillage ajouré
on s’abrite d’une averse
qui fait ressortir le parfum électrique
des pierres sèches tachées de gouttes.


Dans la cuisine, le 23/07/24 à 12h11        

Entre le poivrier et la cafetière,
sur un fond de musique Renaissance,
on joue une partie de Yam
en vitesse avant d’aller travailler.


Fresnay-sur-Sarthe, le 25/07/24 à 8h08        

Réveillé au chant soudain des oiseaux,
portières ouvertes, dans le coffre aménagé
de la voiture. Le matelas attendait
cet instant pour paraître enfin confortable.


Au lit, le 27/07/24 à 00h21        

Dormir demande encore trop d’effort.
Il faut croire que je préfère
rêvasser que rêver, somnoler que sommeiller.
Songeur, loin du pays des songes.


Rue de la Fuye (Laval), le 28/07/24 à 16h26        

Chez les voisins, derrière les forsythias,
deux gamins shootent dans un ballon.
« J’arrive à dix-mille jongles. »
dit l’un. Ennui d’été.
 

dimanche 12 octobre 2025

Volume horaire, juin 2024 (2/12)

 

Quoi qu’on fasse, une journée
ne compte que vingt-quatre heures.
Les quatrains suivants s’en accommodent,
tous écrits en vingt-quatre mots.

 
 
 
Dans le jardin, le 2/06/24 à 16h13        

En paillant l’allée tout enherbée
de la serre en plein soleil,
mes lunettes s’embuent de sueur
et je vois l’été double.


La Fontaine (Chaufour), le 4/06/24 à 14h38        

Les chiens aboient après une guêpe
qui grésille, piégée dans la véranda.
Je l’abats d’un revers
de gant de jardinage. Quel silence !


La Fontaine (Chaufour), le 9/06/24 à 9h06        

Un nuage de moucherons se forme
au-dessus d’une épuisette abandonnée.
Une abeille bourdonne dans la lavande
tandis que j’ouvre Les Misérables.


À mon bureau, le 10/06/24 à 11h58        

Le visage enfoui dans mon coude
pour ne plus penser à rien,
je sens le pouls du curseur
qui clignote dans la phrase délaissée.


À mon bureau, le 11/06/24 à 9h51        

J’écris en écoutant des ouvriers
travailler, remuant sable et ciment frais,
tout en gueulant des ordres inaudibles
qui, de loin, me semblent adressés.


Café du midi (Chaufour), le 12/06/24 à 10h55        

Les chansons niaises à la radio,
le bruit continu des poids lourds
qui passent en couvrant les discussions
de comptoir forment une harmonie légère.


Chez L. et B.V. (Sillé), le 13/06/24 à 18h24        

Sur la table de la véranda,
une nature morte : cinq petites assiettes
Bouillon Chartier, cinq éclairs au café,
deux bouteilles, cinq flûtes de cristal.


Le Biorek brestois, le 15/06/24 à 13h16        

À la table voisine, un homme
drogué, maigre et les yeux jaunes,
feuillette en discutant avec son fils
un livre sur l’Égypte ancienne.


Le Hangart (Coulans), le 21/06/24 à 21h35        

La fraîcheur du solstice d’été
le soir, lors d’un concert
moyen de fête de la musique,
quand le public danse de froid.


Au jardin, le 23/06/24 à 11h06        

Tous les deux nous restons lire
sous le parasol, dont l’ombre
est une île à l’abri
de l’écrasante douceur de l’été.


Jardin de G. et W., le 24/06/24 à 17h26        

Le balayage chantant de la faux
quand le fil de la lame
passe et repasse dans l’herbe
qui se couche en bouquets blonds.


Dans la cour, le 26/06/24 à 16h56        

En frottant un brin de romarin
entre le pouce et l’index,
je lis un manuel de géologie
décrivant la formation de la lune.


La Fontaine (Chaufour), le 27/06/24 à 13h43        

Il fait si chaud et lourd
que ma casquette libère un parfum :
l’odeur sucrée de la lessive
d’hier faite à la main.


Jardin Victor Hugo (Le Mans), le 28/06/24 à 16h08        

Je feuillette mes achats du jour
tranquille sous un métaséquoïa de Chine.
Sur le banc, roulée en boule,
la veste oubliée d’un enfant.

dimanche 5 octobre 2025

Volume horaire, mai 2024 (1/12)

 
Quoi qu’on fasse, une journée
ne compte que vingt-quatre heures.
Les quatrains suivants s’en accommodent,
tous écrits en vingt-quatre mots.
 

 
 
À mon bureau, le 01/05/24 à 19h30        

Du matin au soir le ciel
est resté gris. Il a plu.
J’écris le front chaud de
ne pas avoir pris l’air.


Dans la cuisine, le 07/05/24 à 11h12        

En attendant que l’eau bouille,
je regarde le vol des rapaces,
tout en cercles et en volutes.
Le ciel paraît bas de plafond.


Dans la serre, le 08/05/24 à 13h58        

La serre en forme de voûte,
constellée par la condensation qui brille,
ressemble à un plafonnier de gouttes
glacées au milieu de la fournaise.


À mon bureau, le 13/05/24 à 12h19        
        
Une abeille est entrée en trombe
par la fenêtre et vole bruyamment
autour des rayonnages de la bibliothèque
pour faire des livres son miel.


Dans le salon, le 14/05/24 à 7h52        

Lire le journal d’Huguenin avant
d’aller étendre une lessive et
de s’occuper des semis. Après
ça, trouver le temps d’écrire.


Laval (Grande rue), le 15/05/24 à 18h44        

Seul devant un pas-de-porte,
un petit garçon tient une paille.
En me voyant passer, il dit :
« Je vais aspirer tout le monde ! »


À mon bureau, le 16/05/24 à 11h29        

J’écris en écoutant les oiseaux
piailler. Elle est loin l’époque
où je fréquentais les cafés bruyants
pour écrire au milieu des bavardages.


La Fontaine (Chaufour), le 17/05/24 à 15h28        

Sous le petit appentis, en tailleur,
à l’abri de la pluie.
Laissé en plan sous l’averse,
le bûcheronnage attendra la prochaine éclaircie.


Le Mans (parc de Tessé), le 18/05/24 à 17h51        

Sous les branches du ginkgo biloba,
quatre jeunes branchés jouent au spike ball
sur un fond de musique électro
que la bière blonde rend légère.


Dans la serre, le 19/05/24 à 21h13        

Très peu de limaces ce soir
autour des plants de courges spontanées.
La potentille s’arrache par poignées
et les pousses de chénopodes sauvages.


Dans la cour, le 20/05/24 à 11h08        

Sur le gravier devant le box :
une chaussette orpheline au talon ensanglanté
avec des pattes gantées de cuir.
Une taupe tuée par un chat.


Chez G. et W., le 21/05/24 à 22h17        

Pendant qu’on parle jeux olympiques
et que passent les Beach Boys,
le vieux chat sur son pouf
dort sous une serviette en papier.


Le Mans (rue du Port), le 22/05/24 à 13h26        

Sur une place réservée aux livraisons
gît une patte coupée de pigeon.
Les doigts griffus, bien à plat,
comme une feuille dans un herbier.


Dans la cour, le 25/05/24 à 19h42        

Devant la friteuse, sous un parasol
à l’abri de la pluie.
Les beignets cuisent dans la végétaline
et se retournent comme des poissons.


Laval (rue de la Fuye), le 26/05/24 à 17h34        

Les uns somnolent au salon et
les autres discutent politique à table.
Par la fenêtre ouverte du balcon,
j’entends le chant du coucou.


Dans le lit, le 27/05/24 à 15h46        

Par un silence d’après-midi,
quand fond toute envie de travailler,
nous avons dormi côte à côte
pour que nos rêves se touchent.


La Fontaine (Chaufour), le 28/05/24 à 14h26        

Un cousin affolé pris dans une
toile d’araignée laisse sa patte
et s’envole. La prédatrice arrive
mais délaisse, déçue, le maigre gibier.


Dans la cuisine, le 30/05/24 à 13h47        

La pluie et l’orage plongent
toute la pièce dans l’obscurité.
Vient une éclaircie et de nouveau
intérieur jour, intérieur nuit, intérieur jour.


Coulans (Ferme de La Moncesière), le 31/05/24 à 17h08        

Devant la grange, dans une flaque
boueuse et grande comme une mare,
quatre gamins braillards lancent des pierres
qui font des ploufs sans ricocher.


Anguilla anguilla

  Ce poisson, moitié ver marin, moitié serpent,  grandit dans nos cours d’eau mais provient des Antilles.  Il franchit l’océan, délaissant ...