lundi 27 février 2023

Le Semainier (Février 2023)



Journal
PoèmeUn
Septain
Semaine
UnHepta
Syllabe
ParJour

Semaine 4, 2023

Confit de vers et de prose
Glissé un stop à vélo
Agacé, inquiet, tendu
Voir le jardin au repos
Plongeons d'oiseaux dans les champs
Tous les deux, vivre à voix basse
Le travail lascif d'écrire

Semaine 5, 2023

Cet hiver me met au propre
Pareil au vent dans la voile
Journée riche, usante et longue
La nuit mourante est de prune
Rêve où je tiens l'ombre en laisse
Tiédeur du lit délicieuse
Langueur du vin à midi

Semaine 6, 2023

Pesanteur et dispersion
Retard. Motif : j'écrivais
Cet air confiant du beau temps
Bonds apeurés d'un lapin
Couvé de l'œil mon poème
Colère et gaieté mêlées
Lecture au lit à pas d'heure

Semaine 7, 2023

Brouillard et gel ton sur ton
Journée de stase hivernale
Beau temps qu'amplifie la vitre
Jardin jauni de jonquilles
Brest a l'air spectral d'un rêve
Marché dans la gouache aviaire
Flots de café, de paroles


mardi 14 février 2023

See Emily Play, triolet (d'après la chanson de Pink Floyd)




La folâtre Emily s'amuse
À des jeux à dormir debout
Chacun la voit marcher confuse
La folâtre Emily s'amuse
Dans un cours d'eau grimée en muse
Trempée dans sa robe à froufrou
La folâtre Emily s'amuse
À des jeux à dormir debout

mercredi 8 février 2023

Sonnet sur écoute : la place

 



Sur un banc, à République, au Mans, midi vingt :
Roue libre, enfants piaffant, rire au loin, pas qui sonnent
Sur la dalle, en continu, des conversations
De près, de loin, des cris, l'onde humaine à l'air libre.

Propos anodins, sans début ni fin, coupés.
Douceur des rumeurs de toujours. Le son frémit.
Bégaiement de la place au boucan mécanique.
Tramway : l'archet sur la corde en acier du rail.

A l'arrêt, un manège à la musique aphone.
Haut-parleurs saturés. Le bruit fond dans l'oreille
Comme un nappage urbain de flux et de reflux.

Ding ! Ding ! La dispersion. Ding ! Ding ! Grumeaux d'échos.
Cécité du son qui s'entrechoque aux murmures
Des mots jetés tout crus dans un bain d'huile à frire.


jeudi 2 février 2023

Le Semainier (Janvier 2023)


Journal
PoèmeUn
Septain
Semaine
UnHepta
Syllabe
ParJour

Semaine 52, 2022

Au bar un jus chaud de poire
Eau perlée sur feuille au sol
L'arbre est plumé d'étourneaux
Floraison du lichen jaune
Hangar, musique et poussière
Hiver doux XXIX printemps
Ciel couvert lune en coton

Semaine 1, 2023

Temps gris au nord clair à l'est
Le gui pousse en pomme énorme
Bruit blanc des roues dans les flaques
Lointain de bruine estompé
Des clous des vis dans la cendre
Insomnie récréative
Aboiements, tirs, cors de chasse

Semaine 2, 2023

Arc-en-ciel sur fond d'acier
Premier essai de fauchage
Marché de jour sous la lune
Travail, tabac et fatigue
Neige au détachant à sec
L'emploi du temps d'un dimanche
Écrit d'un trait puis balade

Semaine 3, 2023

Violent va et vient du vent
Mort dans le fossé un lièvre
La grue l'angle droit du ciel
Bain de foule et de paroles
Un soleil rayé, rougeâtre
Bon jour, beau temps, bien luné
Après midi matinal

lundi 23 janvier 2023

Sonnet sur écoute : la cabane





À Étival-lès-le-Mans, au milieu d’un bois,
Il y a des tipis dressés. J’allume mon micro.
C’est l’hiver, [quelqu’un tronçonne] le jour va tomber.
Ces chapiteaux de bois [bruit du vent] vermoulu

Sont construits [pépiements d’oiseaux] par des enfants.
[on entend la circulation] Je me souviens
Du temps des cabanes [le son est clair dans le froid]
Elles étaient petites [le bois mort craque] et moins belles.

Les constructions reposent [des pas dans le sentier]
Sur le tronc porteur d’un chêne. [bruissement du feuillage]
[pie qui jacasse] Le sol est tapissé d'humus.

Pénombre à l’intérieur. [bruits blancs] Le jour traverse 
La cloison du lieu perdu [aboiements] mais pas
Désaffecté. [je m’entends] J’éteins mon micro.

samedi 14 janvier 2023

L'Extravivant

    Il rampe, ou il marche, ou il nage. On sait qu’il existe quelque part, ailleurs, sur un lointain corps céleste. Il y est parfaitement seul et unique, ni tout à fait mort, ni tout à fait vivant.

    Quand il n’est pas pris dans la glace de sa planète morte, il remue la poussière d’un sol brûlant. Tout ce qu’il laisse derrière lui ce sont des sillons, des canaux, des canyons à des années-lumière de la Terre.

"Ailleurs, sur un corps céleste." (vue d'artiste)

    Quelle taille peut-il bien faire ? Difficile à dire. On sait qu’il n’aime pas boire et qu’il ne mange pas. Les pores de sa peau couleur cendre absorbent des substances cuites et recuites par quelque soleil inconnu.

"Les pores de sa peau couleur cendre." (vue d'artiste)

    Il sait ce qu’il fait sans y penser. Il est le plus souvent immobile, pareil à une roche. Il sait bien que sa place est infime dans l’univers.

    Il mue avant chaque ère glaciaire et sa peau est neuve quand revient l’impossible été. Le reste du temps, il survit. Il est seul. Il avance pour faire le tour de son monde, de ce monde dont il est le seul habitant.

"Il mue avant chaque ère glaciaire." (vue d'artiste)

    Parfois il se morcèle, ça lui est déjà arrivé. C’est sans importance. Il ne voit pas où est le problème. Il ne voit pas. Il est aveugle. Il respire, il avance, il continue. Il n’a pas besoin d’en faire plus. Pour quoi faire ?

"Parfois il se morcèle." (vue d'artiste)

    Il sait qu’il est quelque part depuis longtemps et puis c’est tout. Il s’en accommode. Il passe ses journées à se faire une raison. Selon les températures, le temps se dilate ou se rétracte. Les heures du jour et de la nuit sont tantôt longues, tantôt courtes. Il dort un peu, il veille un peu. Il fait avec.

    Il pense à peine. Il respire. Il fait bloc. Il a son monde à lui, loin, très loin du nôtre, qu’il parcourt en rampant, en marchant, en nageant. Qu’importe. C’est l’extravivant.

"C'est l'extravivant." (vue d'artiste)


mardi 3 janvier 2023

Le Semainier (Décembre 2022)


Journal
PoèmeUn
Septain
Semaine
UnHepta
Syllabe
ParJour

Semaine 48, 2022

Tilleul, érable ébranchés
Courant coupé, mangé froid
Eventré mon sac de livres
Bois mort, massif effeuillé
Aperçu un sanglier
Un bol d'air avant d'écrire
Zazen face au radiateur

Semaine 49, 2022

Temps gris perle envahissant
Grand soleil froid glaçon d'air
Feuille unique et d'or d'érable
Couleur pastel gras des choux
Peint des lapins d'encre et d'eau
Gelée blanche et l'aube est rose
Sur les plants fanés du givre

Semaine 50, 2022

Le jour seul balaie le givre
Un lavoir illuminé
Sel, sable et verglas en ville
Le feu ronronne et pétille
Ciel de déserts et de dunes
Petit matin monochrome
Tout dort sauf les oiseaux vifs

Semaine 51, 2022

Du bleu marine aux aurores
Pluie, brouillard, pluie, écureuil
Sans sommeil, puis sans patience
Toux, jeux et cris d'enfants sages
Hébété à fleur de peau
De sale humeur cotonneuse
Feu froissé de papiers gras




La Table des Diables

  A Torcé- Viviers, ce grand bloc de rocs c’est La Table des diables qu’un seul pied en grès supporte. – Faux dolmen du Maine ?...