dimanche 27 octobre 2024

Acer

 

 
Écorce aux tons gris clair
Rougit l’automne en diable
Ailé d’hélicoptères
Beau bois d’œuvre inusable
La feuille est paume en l’air
Et la sève agréable.
 
 

dimanche 20 octobre 2024

À pied la nuit

 
En revenant
de Saint-Julien
à pied la nuit
quand il a plu
– qu’il pleut encore –
et que la lune
a disparu
prise en écharpe
dans les nuages
pas une étoile
pour m’éclairer
– ni lampadaire
ni réverbère
à la campagne –
à l’horizon
il reste un peu
de crépuscule
qui s’affadit
– la marée basse
de la lumière –
de la lumière
moins ténébreuse
ici qu’ailleurs
qui luit à peine
d’un gris rasant
les champs noircis
d’ombre étalée
sur les récoltes
je me repère
aux reflets sombres
tombés du ciel
– droit dans les flaques –
et à la route
en dents de scie
longeant la haie
l’obscurité
est encor fraîche
j’en suis couvert
tout maculé
de nuit qui tache
de gris profond
de noir aigu
de bleu pétrole
je n’entends plus
que les derniers
grillons d’automne
– leur chant vrillé
tantôt lointain
tantôt tout près
me scie les nerfs –
et puis j’entends
mes pas pressés
sur le sol mat
je me repère
aux bords confus
de la chaussée
rongée de ronces
ne pas dévier
rester au centre
bien au milieu
la route étroite
devient chemin
sentier, fossé
ruban, ficelle
fil ou cheveu
– pupille ouverte
au maximum
délavée par
l’obscurité
pour y voir clair –
– un peu moins mal –
je ne suis plus
que pieds, mollets
cœur et poumons
je continue
je reste au centre
imaginaire
de mon chemin
je me repère
ou bien plutôt
je me souviens
et je devine
la route à prendre
je ne suis plus
qu’oreille et jambe
voilà les ronces
sur les côtés
pas d’animaux
le long des bois
près des bosquets
dans les fossés
je n’y vois rien
tant mieux me dis-je
– je dis tant mieux
pour me parler
pour me tenir
sans compagnie –
je ne veux pas
les apeurer
ou m’apeurer
peur d’avoir peur
tout à fait ça
peur d’avoir peur
juste un instant
comme un sursaut
rien – tout est calme –
ferme après ferme
que je dépasse
hangar, pré, grange
jardin, verger
je n’ai pas peur
pas tout à fait
non c’est plutôt
peur d’apeurer
ou de surprendre
passant, voiture
ou habitant
moi à cette heure
et dans le noir
je me verrais
je me dirais
– toi ? à cette heure ?
et dans le noir ?
je répondrais
je n’ai pas peur
pas tout à fait
– mais j’aurais peur –
je m’imagine
me rencontrer
moi face à face
avec moi-même
voilà l’effroi
se rencontrer
soi face à face
avec soi-même
seul sur la route
à pied la nuit.
 
 

dimanche 13 octobre 2024

Chant de colère (II,1)


 
Qui l’a vu passer
ce chant de colère
tombé de ma bouche
belladone aux lèvres ?

Qui l’a vu passer ?
Ni le vent, ni l’arbre
ne l’ont vu s’enfuir
d’un pas ferme et droit.

Qui l’a vu passer
verra mon épée
sertie de diamants
trancher sa conscience.

Qui l’a vu ? Pas ces
humains dont le cœur
est noir : sur le bien,
le mal est vainqueur.

Non, ce crapaud d’homme,
lecteur, c’est sa chance,
qu’il a vu passer.
 
 
 

dimanche 6 octobre 2024

Nouveau tombeau pour Joachim du Bellay

 

à la croisée du transept de Notre-Dame de Paris
 
 
C’est
ton front
de poète
ouvert
en
deux
révélant
ta méningite,
ce sont tes os
rongés par la
tuberculose,
ton sternum
autopsié,
tes bras
croisés
sur le
ventre
et ton
bassin
déformé
par tes
trajets
à cheval
qui valent
pour épitaphe
Joachim du Bellay.



Monostiche paysager

  À Coulans, le 25 février 2025   La route est trempée, éclaboussée de soleil.